La culture en collaboration avec la nature

Cultiver en permaculture consiste à cultiver en s’aidant de la nature, non à cultiver malgré elle.

L’agriculture impermanente

La monoculture, ou culture d’une seule plante (…) est un combat permanent contre la nature (…). Paradoxalement, l’agriculture intensive est inefficace : elle utilise plus d’énergie et de ressources qu’elle n’en produit. Les coûts importants de production, de stockage et de marketing s’élèvent chaque année. L’énergie utilisée est supérieure à la valeur énergétique de la récolte. La monoculture actuelle a un prix : elle ne peut subsister qu’avec l’aide d’énormes subventions.
Chaque année, presque 50 % du budget de l’Union européenne est destiné à éviter le naufrage d’une agriculture inefficace. La nature en paye également le prix.

Claude Bourguignon
“On est en train de tuer tout ce qui est à la source de la vie, ce sont les microbes qui nourrissent vos plantes, qui font que vos plantes sont saines, nutritives (…). Nous vivons dans la société la plus confortable de toute l’histoire de l’humanité et nos dépenses de sécurité sociale augmentent de 6 % par an, il y a des questions à se poser : est-ce que les gens sont si bien nourris que ça pour être aussi malades ? (…) L’argumentation est de dire, ‘oui, mais regardez, ils vivent de plus en plus longtemps’. Bien sûr ! Les gens qui, en ce moment, ont 80 ans n’ont pas connu l’agriculture chimique avant l’âge de 50 ans, puisqu’elle est apparue dans les années 1970. C’est tellement récent dans l’histoire de l’humanité qu’on ne connaîtra les résultats réels (…) que dans longtemps.”

Jean-Pierre Berlan (un ex de l’Inra)
“Pourquoi une société qui est tout entière organisée pour marchandiser absolument tout pourrait-elle développer, mettre au point ou s’engager dans des méthodes de la gratuité ? L’agronomie, c’est pour moi la science de la gratuité.”

La permaculture pour nourrir le monde

Perrine et Charles Hervé-Gruyer de la Ferme du Bec Hellouin, France
“L’idée forte est de créer des installations humaines qui fonctionnent comme des écosystèmes. On cherche à s’inspirer du fonctionnement de la nature pour reconnecter tous les éléments de nos installations humaines et faire en sorte qu’il y ait toutes sortes d’échanges vertueux : les déchets de l’un sont les produits de l’autre, etc. (…) Cette science met en place des systèmes économiquement viables, environnementalement durables et socialement équitables. (…) La forêt jardin fonctionne sans une goutte de pétrole, sans mécanisation, sans intrants, et produit pendant des décennies (…). C’est ça, l’agriculture de demain, produire intensément sur une petite surface avec une forte concentration de soins et de travail, d’amour de la part des paysans. (…) Ces écosystèmes résistent beaucoup mieux aux crises et aux aléas climatiques.”
Site de la Ferme du Bec
Vidéos

Sepp Holzer et sa ferme du Krameterhof, Autriche
“Plus il y a de variétés de plantes, moins il y a de parasites et plus le système est stable (…). Dans une famille de plantes, les plantes s’entraident : humidité, oxygène et éléments nutritifs. Ce que secrète une plante est pris par une autre (…). Les plantes se fertilisent et s’irriguent mutuellement (…), elles s’autorégulent merveilleusement (…). C’est un échange, il faut écouter et observer (…) Conservée en dessous des pierres, l’humidité est utile aux plantes par temps de sécheresse (…). Les pierres, emmagasinant la chaleur du soleil, fonctionnent comme un chauffage central pour les plantes voisines.” Il protège ses céréales par un rang de salade pour les lapins et les souris, les cochons ameublissent la terre dans les vergers, il ensemence ses troncs d’arbres tombés avec du shiitaké, crée des pièges à chaleur avec des mares et de grosses pierres.

Josine et Gilbert Cardon et le jardin des fraternités ouvrières, Belgique
Plus de 2 000 arbres et 2 500 variétés de plantes sur 1 800 m2 : “Il n’y a pas de légumes en rang d’oignons, en compagnie militaire. Ils s’acoquinent tous avec d’autres.” Les fèves servent de nursery à coccinelles.
Site de Fraternités ouvrières